Toujours plus outre ( ultreïa )

C’est un long chemin semé d’étoiles, de kleenex et de pansements.

            Je prend vraiment conscience de la longueur du chemin lorsque , après être parti de Saint-Jean Pied de Port 5 h plus tôt je passe devant la borne  située près de la fontaine du col de Bentarte , une très jolie borne avec une coquille et une inscription : Saint –Jacques de Compostelle  765  km. Je lis cette inscription l’esprit un peu vide et dubitatif. Ca me laisse la même impression que l’aspect de mon crédential : un grand carton plié en accordéon , pratiquement vierge avec seulement un premier tampon au coin de la première page.
Le lendemain  à Lorrasoana , les jambes douloureuses , je me dis que j’aurai sûrement encore assez de forces pour rallier Pamplona et prendre le train pour rentrer à la maison.
A Cizur Menor je me souviens des paroles de Guy : « Si vous ne pouvez pas entreprendre tout le chemin , marchez une semaine et arrivez jusqu'à  Logrono . «  C’est cela; si j’arrive jusqu'à Logrono  je ne serais pas trop ridicule.
A Santo Domingo de la Calzada ça commence à aller mieux , je me fixe Burgos comme prochain objectif à atteindre.
A  Burgos certains s’arrêteront remplacés par d’autres qui reprennent un pèlerinage fragmenté. Ca ne va pas trop mal et j’ambitionne désormais d’arriver au moins jusqu'à Léon.
A Léon, plus de la moitié du chemin est fait. L’hospitalero français du couvent des sœurs bénédictines nous déclare : «  Vous avez fait le plus long du chemin, pas le plus difficile mais le plus long. » Je m’interroge et n’arrive pas à savoir si ces paroles sont rassurantes ou inquiétantes. Quoi que puissent être les difficultés à venir, je m’estime alors capable d’arriver jusqu'à Pontferrada.
Passé Villafranca del Bierzo ça grimpe vers ce qui est présenté comme la dernière difficulté du parcours : l’ascension du Cebreiro. Un kilomètre avant le sommet une borne joliment décorée m’indique que je rentre en Galice. Enfin la Galice! Désormais l’objectif c’est Santiago. Ce serait trop bête d’arrêter maintenant pour venir finir le chemin l’année prochaine et de devoir en plus subir une nouvelle fois les souffrances de la première semaine de marche.
Après Arzua,une stèle rappelle qu’un pèlerin est mort sur le chemin à une journée de marche de Santiago.

 Santiago, le bout du monde pour les pèlerins du moyen âge dont je suis fier d’avoir suivi les traces .

  Claude

800 Km en poussette pour voir l'apôtre Jacques

  Une parole est une parole! Le petit Martin est arrivé dans notre couple après 7 années d'attente. Nous avions fait le voeu de l'amener dans sa première année voir l'apôtre Jacques à Santiago et cela à pied et en poussette, bien sûr nous avons tenu parole.
Nous faisions en moyenne 26 km par jour. Les chemins sont escarpés, grosses descentes et sympathiques montées. Il faut dire que nous avions nos sacs à dos à porter mais aussi 25 kg à pousser (Martin, couches, eau, poussette...) Martin réagissait bien et, si quelques pèlerins ont eu peur de passer de mauvaises nuits en voyant débarquer un bébé dans les auberges, ils ont vite été rassurés. Martin est rapidement devenu "la estrella des camino (l'étoile du chemin)" comme l'ont appelé de nombreux pèlerins....
Grosse montée à la "Cruz de Ferro (croix de fer)", à 1490m d'altitude où chaque pèlerin apporte une pierre. Nous y avons déposé deux pierres: une du Canigou et une de l'église Saint Martin de Corsavy.....
Martin, en grande forme accepte tous les cadeaux des gens que l'on rencontre: sucette, crêpe, biscuit, fromage, yaourt, oeuf frais .... Il crie "ola (bonjour)" au pèlerin de passage, il faut dire que c'est son premier mot, avant même papa ou maman!
Il reste 5 km à faire, nous sommes le 16 Août. Dès 8h le matin, nous sommes devant Saint Jacques le grand, grosse émotion, nous lui confions nos prières.Quel périple, petit Martin a été extraordinaire, il s'est parfaitement adapté. Nous lui ferons passer les souvenirs à travers les photos et nos récits et peut-être qu'à son tour, dans quelques années, il fera lui aussi, à pied, ce merveilleux voyage!

Une montée à Saint Jacques de Compostelle

Parti le 17 juin 2001 de Baixas, près de Rivesaltes dans les Pyrénées Orientales, je suis arrivé le 3 août à Saint Jacques de Compostelle après un cheminement de près de 1500 kms passant par quatre cols à 1500 m d’altitude. Une première montée m’a conduit en Cerdagne par la vallée de la Tèt. Le temps fort en sera l’étape au monastère de Saint Michel de Cuxa : “Ora et labora.”.
La seconde montée aboutit au monastère de San Juan de la Peña en passant par l’Urgell et les pays arrosés du piedmont catalan. Ce fut le temps des épreuves du chemin,  douleurs et fatigue, soleil et orage, faim et soif, solitude et égarement.
“ Marche, tu es né pour la route, celle du Pèlerinage.
Un Autre marche vers toi et te cherche
pour que tu puisse Le trouver.”
  La troisième montée s’étire jusqu’au monastère de Samos dans la poussière, le soleil et le vent. Elle passe par le Camino aragonese, la Navarre, la Rioja, la Castille, les monts du Leon, le Bierzo et le Cebreïro. C’est le temps de la prière sur ce chemin de spiritualité, patrimoine multiséculaire de l’Humanité tout entière. 
“Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait” Matt. 5,48

 La dernière montée mène au Sanctuaire de Saint Jacques dans les brumes celtiques de la Galice, en suivant des chemins creux bordés de calvaires et de pierres levées, au milieu de forêts de pins et d’eucalyptus. C’est le temps de l’arrivée, le temps de toucher le pilastre du portique de la Gloire du Christ Jésus.
 
“ Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Personne ne va au Père sans passer par moi.”

C’est aussi le temps du retour vers “ la Jérusalem d’en bas” avec une certitude acquise sur le chemin et chantée au monastère de Leon :

“Peregrinos, A donde vas ? Solo el, mi Dios que me dio la libertad solo el, mi Dios, me guiara.” 
Georges

                                               Marcher sur le Chemin

Marcher sur le chemin, c’est mettre nos pas dans ceux des millions de pèlerins qui, depuis mille ans, nous ont précédés. C’est, comme eux, venus des fins fonds de l’Europe, découvrir que nous partageons les mêmes valeurs. C’est suivre les mille ramifications sur lesquelles les hommes ont été porteurs des rêves les plus fous, des savoir-faire les plus divers. Le chemin, c’est aujourd’hui comme hier, l’arbre autour duquel se bâtit l’Europe de la tolérance, celle des différences et celle de la fraternité. Marcher sur le chemin, c’est s’émerveiller des premiers frémissements de l’aurore, de la rosée qui rafraîchit, du porche qui protège. C’est taquiner l’écureuil, surprendre la biche dans le sous-bois, s’écarter pour éviter la vache qui somnole. C’est échanger un sourire, un bonjour, un hola, c’est donner de l’eau à celui qui n’en a plus, c’est encourager celui qui n’en peut plus. Le chemin, c’est louer Dieu pour la blancheur immaculée de la neige, le premier rayon de soleil après l’orage, l’immensité de la meseta, la splendeur de l’océan. Marcher sur le chemin, c’est voir les paysans, ceux de l’Aubrac et ceux de la Galice, retourner la terre de leurs ancêtres et recueillir le fruit de leur labeur. C’est échanger dans la langue du chemin les espoirs, les regrets, les joies, les peines, c’est ensemble énumérer les kilometros. C’est se dire d’où l’on vient, où l’on va, pourquoi on est là, pour qui on prie, à qui l’on songe, de quoi l’on souffre. Le chemin, c’est enfin tous ces gens qui avancent, que chaque soir on retrouve, ce sont ces amis comme Alain, Philippe... et bien d'autres.

     

Ce qui m'a plu tout au long du parcours, c'est cette amitié qui se dégage entre gens ne parlant pas la même langue; c'est vrai, on partage la même chose, on est tous frères.

                                  Michel A.